GEC, la fin d’une institution étudiante
- mulinsamuel
- 29 mars 2019
- 4 min de lecture
Lieu emblématique du paysage étudiant nancéien, l’ancien Groupe des Étudiants Catholiques (GEC) fermera ses portes au mois de juin. Ces bâtiments superbes du Cours Léopold, aux abords de la place Carnot, font partie du patrimoine de la cité ducale. Pourtant, d’ici trois mois, l’heure viendra de changer de proprio. Une année avant de pouvoir fêter leur centenaire. Cruel…

Il suffit de rentrer dans les lieux pour ressentir l’atmosphère particulière qui habite le GEC. Lou Sernaglia y vit depuis 3 ans. Elle sera notre guide pour ce voyage à travers le temps. Le GEC, c’est près de cent ans d’histoire. Immersion.
99 années d’histoires
Construit en 1913 et inauguré en 1920, l’établissement catholique avait à l’origine pour but de pallier l’absence de logement étudiant dans la ville. «Le GEC au départ c’était un foyer catholique uniquement pour les garçons, ensuite ça a été « mixisé » puis laïcisé en 2004 avec la vente des Jésuites au Grand Nancy et maintenant un acheteur privé avec Batigère. » résume l’étudiante en 3e année d’Info-Com.
L’entrée vous plonge dans l’ambiance. Les bâtiments sont d’époque. L’inscription « Groupes des Étudiants Catholiques » écrite à l’entrée rappelle à ses visiteurs le temps traversé par les lieux. L’Hôtel de Metz Noblat, bâtiment originel, occupe la place centrale. Au fil des années, plusieurs pavillons et bâtiments sont sortis de terre pour répondre à une demande de plus en plus importante.

Près d’un siècle à marquer de son empreinte le cœur de ville de Nancy, la résidence a vu défiler les générations sans perdre de son identité, ni changer ses traditions. « Il y a des gens qui sont ici en ce moment et leurs pères ou leurs grands-pères y étaient aussi. Ce n’est pas pour rien qu’on dit que c’est une institution. (…) Certains anciens « gécois » se sont même mariés ! ».

Désormais, 190 chambres sont proposées aux étudiants. Dans un environnement paisible et studieux, en plus du théâtre et de la salle de sport, les résidents ont à disposition cinq salles de travail, une cuisine commune, un bar ainsi qu’un jardin privé. Vestige du passé, une chapelle se cache dans la résidence. Exit les bancs de prières ou les bougeoirs, elle s’est transformée en mini-gymnase destiné à la pratique des sports collectifs. Tout en gardant son âme d’antan, avec ses vitraux et son plancher grinçant. « Le GEC, c’est un endroit où on vit bien, on a tout ce qu’il faut. Il fait bon vivre. » confie Lou.

Pour le directeur Nicolas Aussedat, lui aussi ancien gécois, l’ambiance et la vie dans la résidence n’existent nulle part ailleurs : « Le GEC offre un lieu de vie plus qu’une simple résidence. L’idée a toujours été ici de permettre aux étudiants de réussir leurs études tout en réussissant leur vie étudiante, en s’épanouissant, en créant du lien avec d’autres personnes (…). Tout au long de l’histoire du GEC, ça s’est traduit par des projets de voyage, des événements festifs aussi. Tout ça c’est vraiment ce qui crée l’ambiance et le sentiment d’appartenance aussi. »
Qui dit changement de propriétaire, dit fin du GEC…
L’association du GEC est née au moment de la construction du lieu (1913). Dès son lancement, l’organisation assure la gestion patrimoniale du foyer ainsi que la mise en œuvre du projet pédagogique à destination des étudiants. Mais au fil du temps, les problèmes deviennent trop importants à gérer pour l’association. Elle décide donc de passer la main. « Plus aucun bâtiment n’est aux normes, ils commencent à se faire anciens, sont vétustes, et le directeur ne voyait pas laisser vivre des étudiants dans ces conditions, ça reste une question de sécurité surtout. » explique Lou.
« Ceux qui vivent voient bien que c’est plus possible. Techniquement parlant c’est difficile d’habiter ici maintenant… Tout vieilli, ce n’est plus possible … » déplore le directeur.
Durant la visite, plusieurs endroits prouvent que le temps a laissé quelques traces… Lou nous raconte qu’il y a parfois quelques fuites d’eau ou encore des prises sortant des murs, de la peinture défraîchie. Dernier problème en date pour le directeur, « un ballon d’eau chaude a percé en début de semaine, deux bâtiments n’ont plus d’eau chaude ». Les difficultés pour offrir un cadre convenable aux étudiants se font de plus en plus ressentir…
De fait, la société de logement social Batigère, en association avec la MGEL, a proposé un projet de rénovation atteignant 11,5 M€. La bâtisse restera dédiée aux étudiants avec environ 130 studios, et toujours des espaces communs. Comme un air de GEC … mais sans l’association. Quant à sa réouverture, elle devrait être actée d’ici 2 ans, soit à la rentrée 2021-2022 si les travaux peuvent débuter suffisamment tôt.
L’âme du GEC y survivra-t-elle ? Nicolas Aussedat reste sceptique : « Dans la mesure où tout se passe par transmission, ça me paraît compliqué. Ce n’est pas impossible mais ça me paraît très difficile. Il y a aussi une part de la gestion du GEC qui fait qu’il y a cette ambiance. On ne gère pas ça comme une résidence commerciale lambda. On est aussi là pour accompagner les étudiants, pour soutenir leur projet. Je pense que tout ça fait que ça sera compliqué qu’il y ait à nouveau l’esprit du GEC au GEC. »
Une série d’hommages en préparation
Le rideau va donc se fermer petit à petit jusqu’à la fin de l’année scolaire. Pour honorer une dernière fois le lieu, plusieurs hommages sont au programme. Le plus important se déroulera ce soir, la 52e et dernière Nuit Du GEC. Organisé tous les ans par l’Association Amicale des Étudiants du GEC, ce gala est l’un des événements phares de l’année universitaire nancéienne, réunissant plus de 1200 étudiants. Pour cette toute dernière fête, les places sont parties en moins d’une heure… 57 minutes exactement…
Autre événement commémoratif, le 14 septembre prochain sous la forme d’un vide-greniers où l’on trouvera tous les meubles et autres objets faisant partie des lieux. Les anciens gécois pourront repartir avec leur petit bout de « GEC » sous le bras.
Enfin pour la dernière des dernières, un week-end réservé exclusivement aux anciens« gécois » (27-29 septembre 2019). Il sera ensuite l’heure pour le GEC de baisser le rideau pour de bon … Et tous les bons moments que renferment ces lieux ne seront alors plus que des lointains souvenirs…
Pour retrouver l'original de cet article : https://julmedia.wordpress.com/2019/03/29/gec-la-fin-dune-institution-etudiante/

Commentaires