Quand un être vous manque ...
- mulinsamuel
- 14 juin 2019
- 5 min de lecture
En une fraction de seconde, tout un pays est tenu à un fil, ou plutôt un ligament. Déjà accablé dans une affaire extra-sportive, Neymar rechute face au Qatar le 06 juin dernier. Les médecins déclarent un début de rupture de ligament à la cheville. Les supporters brésiliens s'estiment sûrement, et justement, maudits. Pour Tite, un nouveau défi attend son équipe après l'échec de la précédente Coupe du monde : Comment jouer (et surtout gagner) sans l'élément phare de la Seleçao ?

Derniers matches amicaux riment avec derniers tests
21ème minute, Neymar grimace. Tite le remplace par Everton Soares, ailier gauche de métier. Et surtout un pendant similaire à celui de son remplaçant. Habile techniquement, doté d'une bonne vitesse et des statistiques qui parlent pour lui au Grêmio. L'an passé, l'ailier brésilien a inscrit 16 buts et distribué 3 passes décisives en 40 matches. Cette année, il démarre sous les mêmes hospices avec 6 buts et une passe en 12 rencontres.
Tite a donc privilégié la continuité plutôt que le changement brutal au cours de l'opposition face au Qatar, ne touchant en rien sa tactique. Comme un résumé de sa pensée...
Le dernier match amical face au Honduras avant le début officiel de la Copa América avait accouché d'un nouveau changement. Exit Everton, le jeune David Neres prit place dans le onze titulaire le 09 juin dernier. Le jeune ailier droit de l'Ajax, âgé seulement de 22 ans, sort de deux saisons pleines en Eredivisie, prenant part à 88 matches toutes compétitions confondues pour 27 buts et 29 passes décisives. Tite a donc testé une autre possibilité, en plaçant son ailier droit remplaçant, sur le côté gauche. Malgré un adversaire pas à la hauteur, s'effondrant minute après minute, David Neres a montré qu'il pouvait être capable de jouer sur son mauvais pied. Lancé à pleine vitesse dans un rush de 50 mètres par Filipe Luis, l'ailier auriverde a montré l'étendue de son style de jeu, ultra-rapide et technicien, éliminant avec aisance son vis-à-vis, et ne pouvant s'empêcher de conclure d'un petit piqué extérieur du pied gauche le gardien adverse.
Autre légère différence, la tactique. Habitué au 4-3-3, le sélectionneur brésilien a seulement changé le positionnement de son milieu, passant de deux pointes hautes, à un milieu avec une seule pointe haute (Coutinho), et Arthur qui reculait d'un cran dans le triangle, passant aux côtés de Casemiro. Un triangle identique au niveau des joueurs mais différent au niveau du placement, prouvant le potentiel d'Arthur de pouvoir passer d'un poste de 8 comme second meneur à un poste de deuxième 6 plutôt relayeur. Même si dans ce match face au Honduras, Arthur s'est lui aussi rapidement blessé et a été remplacé par Allan, un profil plus défensif et moins altruiste que son homologue.
Coutinho, leader d'attaque en souffrance
Ce léger repositionnement au milieu n'a, à priori, pas pour vocation à remplacer Neymar mais a pu permettre de remettre en lumière un Coutinho vivant une saison en demi-teinte et qui va tenter de la sauver par une victoire en Copa. D'autant plus sans leur élément phare, l'épée de Damoclès au-dessus de sa tête s'est, sans doute, accentuée après la blessure de son compatriote. Ce positionnement en tant que réel numéro 10, propriétaire à part entière des clés du jeu, lui laisse une liberté sans partage.
Dans un positionnement qu'il affectionne beaucoup plus qu'au poste d'ailier gauche qu'il coltine au FC Barcelone, le 11 auriverde gagne en influence lorsque Neymar est absent. Il devient le dynamiteur de l'attaque, celui qui allume la mèche. Mais surtout, dans le 4-3-3 de Tite, Neymar apprécie être au cœur du jeu et "dézone" énormément, comme aimanté par le ballon. Positionné à la pointe gauche du milieu, Coutinho lui laisse le contrôle du jeu et passe sur le flanc gauche pour reprendre son poste d'ailier laissé vacant par Neymar, préférant prendre le contrôle du navire.
Mais quand ce dernier est absent, son rôle diffère. Il récupère les commandes, comme seul pointe haute du triangle et les ailiers face à lui préfèrent le laisser seul chef de navigation pour proposer des solutions aux extrémités du bateau. Coutinho se retrouve donc esseulé au milieu de la houle, avec un grand espace ouvert autour de lui, et c'est sans doute lorsqu'il possède une liberté sans égale qu'il montre le mieux l'étendue de son talent. Un talent bien renfermé en Catalogne, libéré lorsqu'il porte la légendaire tunique jaune.
Pourtant, le positionnement comme meneur de Coutinho face au Honduras n'était-il qu'un test ou la solution trouvée par Tite pour compenser la blessure de Neymar ? Car Tite a toujours positionné Coutinho comme ailier ou comme membre des deux milieux relayeurs, mais jamais comme meneur de jeu. Lors de la précédente trêve internationale, où Neymar était déjà absent pour sa blessure au métatarse, Tite n'avait rien changé à sa tactique, plaçant Coutinho d'abord ailier droit, puis ailier gauche le match suivant, respectivement face au Panama le 23 mars dernier et en République Tchèque trois jours plus tard.
Pour ne pas aider le sélectionneur auriverde, chacune des solutions offensives a marqué des points face au Honduras. Coutinho a d'abord délivré un corner pour Thiago Silva avant d'inscrire un penalty, Neres a marqué son premier but avec la sélection et Everton Soares, rentré en jeu à la place de Coutinho, a délivré une passe décisive pour Richarlison.
Tite et l'indéboulonnable 4-3-3... ou presque
Flash back. Le 20 juin 2016, Tite est nommé à la place de Dunga à la tête de la sélection brésilienne, encore traumatisée du naufrage de la Coupe du Monde 2014. Deux mois plus tard, baptême de feu en Équateur le 1er septembre. Tite décide de mettre en place un 4-1-4-1, dans une lignée assez similaire du dispositif de Dunga avant son éviction. Victoire 0-2 pour la Seleçao. Quelques jours plus tard, second match de l'ère Tite. Cette fois, changement de programme... Tite passe à un 4-3-3 offensif. Un dispositif qui deviendra son favori, mais ne l'utilise qu'en parcimonie au début de sa prise de fonction.
Pour les qualifications pour la Coupe du monde, fin 2016 – 2017, le sélectionneur utilise six fois en dix-sept rencontres le 4-3-3 offensif. Le reste du temps, il privilégie encore un 4-1-4-1, les résultats continuant de suivre.
Le 14 novembre 2017 dans un match amical terminant sur un score nul et vierge face à l'Angleterre, Tite avait décidé de faire jouer son équipe en 4-3-3, une exception durant l'année. Mais une exception devenant une réelle habitude et le début de l'ère du 4-3-3 sous Tite. Depuis ce jour, 20 matches de sélection sont passés, et le résultat est sans appel. Tite a abandonné son dispositif en 4-1-4-1, ne l'utilisant qu'une seule fois au cours de cette période, dans un match amical remporté face à la Croatie le 3 juin 2018 et privilégiant quasi-automatiquement le 4-3-3.
S'il est difficilement possible de voir Tite changer son dispositif à la veille de son entrée en Copa América, le sélectionneur auriverde a tenté de varier en passant dans un dispositif plus défensif lors du match face au Honduras, mais n'a pas changé sa tactique générale pour autant. Avec la blessure de Neymar, les solutions présentes sur son banc que ce soit à travers Coutinho, Everton, Neres ou même Willian, récemment appelé pour pallier à la blessure de Neymar, peuvent laisser imaginer simplement à des ajustements plus qu'un bouleversement de son dispositif, peu friand du genre. Mais le temps presse pour Tite et le Brésil.
La Copa América démarre, et après tant de désillusions, les supporters rêvent enfin de célébrations...



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